Mardi 6 octobre 2009
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16:24
Trois jours. Trois jours que t'as la haine après lui, tu le déteste
presque autant que tu l'as aimé.
« On peut se voir ? »
« Non. »
« Tu as le temps de voir N. Pas moi
? »
« Non. »
« J'ai besoin de te voir. »
« Pas moi. »
« Ok... Je comprends. »
Parce que la curiosité l'emportera toujours...
« Qu'est-ce que tu me veux
? »
« J'ai besoin de te parler, t'es la seule qui peut
m'écouter... »
« Où et quand ? »
« Soit ce soir, genre chez toi, soit demain en début de
soirée. »
« Chez moi ? Rêve ! Ce soir et en
ville. »
Il pleut, ça fait boucler tes cheveux. Tu le déteste encore plus. Tes escarpins rouges évitent soigneusement les flaques,
alors que tu arrives à sa rencontre. Tu n'arrives même plus à poser les yeux sur lui, t'as cette drôle d'envie de le rouer de coups. Il te demande comment tu vas, et tu réponds d'un air détaché
que ça pourrait aller mieux. Il te demande ce que tu as fais, après son départ et tu réponds tout en l'assassinant du regard que t'as dansé la Macarena. Crétin. Et tu le suis, alors
que vous ignorez tous les deux, où vous pourrez bien vous poser. Peu importe, t'as qu'une hâte, qu'il parle et te foute la paix. T'as encore en tête les quelques mots échangés par sms la
veille...ceux où il remettait ta parole en doute...T'as décidé de ne plus attendre après les gens, et en particulier en ceux qui te traite ni plus ni moins de menteuse, simplement influencé par
leur entourage. T'as décidé de ne plus te retourner sur les personnes capables de te faire du mal, d'avancer comme tu en as envie, de tracer ta route, d'aller de l'avant...de continuer sans lui.
Pour quelqu'un qui ressentait le besoin de te parler, tu le trouves incroyablement silencieux et à plusieurs reprises, tu perçois de la tristesse dans son regard...Il te trompe, il se joue de
toi, ses larmes n'ont plus le moindre effet sur toi. Toujours aussi distante et froide, tu réponds partiellement à ses questions, et souvent à côté de la plaque, te moquant finalement de perdre
ton temps. Il veut parler ? Qu'il parle, ça n'impliquait à aucun moment le fait que tu parles aussi, après tout. Pourtant, installé à côté de lui, sous cet abris de bus, alors que la
pluie bat doucement le bitume, tu suffoques. T'essaies de t'échapper mentalement, mais les choses sont bien plus difficiles que ça. Tu veux te montrer forte et digne alors que t'es pas du tout
guérie de lui, alors que chacun de ses gestes te ramène à une pauvre poupée désarticulée qu'on manie à sa guise. Qu'il te manie, si tel est son désir, ça n'a plus la moindre importance. Les yeux
posés dans le vide, tu n'écoutes son blabla qu'à moitié. Tes reproches se cassent au fond de ta gorge, et tu sens ses lèvres se poser doucement tel un baiser magique sur ton poignet. Il
voulait parler certes, est-ce que cela impliquait aussi le fait que tu écoutes ? Ton attitude est plus que détestable, et tu frôles presque la crise cardiaque alors qu'il pose sa main sur la
tienne. Pourquoi ? Il se redresse alors, planquant son visage sous ses mains. Tu sens sa respiration s'accélérer...il pleure ? Et voyant ton manque total de réaction, il se ressaisit seul, te
demandant les yeux brillants comment tu vas. Comment tu vas ? Il se moque de toi ? Tu esquisses un drôle de sourire en coin, t'appliquant toujours à ne point croiser son regard et tu réponds
d'une voix fluette et meurtrie que t'as mentie. Cela te brise le cœur, ça le broie, ça l'écrase...Il réagit presque au quart de tour, répondant qu'il sait que ce n'est point le cas, qu'il t'avais
en quelque sorte testé afin de prêcher le faux pour savoir le vrai, qu'il savait que tu utiliserais aussitôt ton esprit de contradiction, que c'est ta manière de te protéger...qu'il te connait.
Il sait surtout que N. a posé les yeux, l'après-midi même sur quelques papiers attestant la véracité de tes propos. S'il te connaissait
vraiment, aurait-il besoin de te tester ? La question frôle tes lèvres, et tu l'étouffes quelques peu perturbée par la situation. Il se lève alors que l'abri se bonde de monde et
attrape ta main, que tu récupères presque immédiatement. Vous continuez à marcher dans la nuit, l'un près de l'autre, quelques gouttes de pluie tombant sur le bout de ton nez. Finalement, vous
faites une halte dans une petite ruelle couverte. Tu frisonnes et resserre ta veste contre toi, les larmes au bord des yeux. Et l'envie monte, tout à coup. Tu l'injuries, lui demandant pourquoi
il fait ça, pourquoi est-ce qu'il s'applique à détruire le peu de stabilité que t'as peut-être éventuellement trouvé ? Tu pleures, les nerfs à fleur de peau. Il t'attrape alors dans ses bras, te
serrant comme un forçat contre lui. Il t'interdit de penser que votre histoire est fini, il veut revenir près de toi, il n'imagine pas sa vie sans toi. Ces quelques mots te paralysent. Ces
quelques mots auraient pu sortir de ta propre bouche. T'as envie de l'embrasser, mais tu ne le fais pas. Malgré ton refus, il retire son sweet afin de le passer sur tes épaules... et
comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, vous rentrez ensemble...collez l'un contre l'autre dans le bus.